
On en parle peu et pourtant, il se pourrait que les fameuses écoutes téléphoniques soient de retour au gouvernement ! C'est en tout cas une question que se pose Médiapart.
Dans un article au titre évocateur – Des écoutes téléphoniques sauvages au gouvernement ? – publié le 13 novembre sur son site, Médiapart base ses "accusations" sur le livre paru ce jeudi, Le Chouchou, le fabuleux destin de Xavier Bertrand, aux éditions Anne Carrière. Cette biographie non autorisée de Xavier Bertrand a été écrite par Christophe Jakubyszyn, journaliste au Monde, et Muriel Pleynet de La Chaîne Parlementaire.
Deux éléments sont relevés par le site internet : d'une part, Xavier Bertrand aurait eu accès à des articles du Monde avant leur parution (et en aurait profité pour inciter leurs auteurs à les modifier...). D'autre part, il semblerait que ce même Xavier Bertrand - actuel ministre du travail et chouchou du président - ait eu accès au verbatim d'une conversation téléphonique privée entre Christophe Jakubyszyn et Dominique De Villepin, comme il l'explique ici à Médiapart :
«Même Villepin, vous l'avez appelé... D'ailleurs, Christophe, souviens-toi de ce que t'a dit Villepin. Il t'a appelé un samedi après-midi de son téléphone de voiture pour te mettre en garde sur ce que tu allais dire, et te demander de ne pas citer des propos qu'il avait tenus sur Xavier et qui t'ont été rapportés de manière anonyme!»
«Ces paroles me font l'effet d'un coup de poing», témoigne le journaliste du Monde.«Comment connais-tu avec autant de précision le contexte et la teneur de ce coup de téléphone avec Dominique de Villepin ?» lui demande Christophe Jakubyszyn.
Bettan - chef de cabinet de Xavier Bertrand - rétorque : «Tu sais, à Paris, tout se sait. Villepin a fait un dîner en ville où il y avait douze personnes et où il a raconté les échanges qu'il avait eus avec toi.»
Les journalistes ne croient pas à cette explication. Bettan lui-même à l'air «mal à l'aise», raconte Muriel Pleynet à Mediapart. En a-t-il trop dit ? La date (un samedi), les circonstances (l'appel passé de la voiture de l'ancien premier ministre)... Décidément, le conseiller de Xavier Bertrand en sait beaucoup sur cette conversation (privée) avec Dominique de Villepin.
Christophe Jakubyszyn explique dans son livre que lui-même ne savait pas que Villepin l'avait appelé depuis sa voiture. Il a donc décidé de rappeler l'ancien premier ministre pour mettre les choses au clair :
L’ex-premier ministre leur confirme que, le samedi en question, il les a bien appelés de son téléphone de voiture. Il jure qu’il n’a divulgué à personne la teneur de leur échange. Et affirme à Christophe Jakubyszyn :
«Eh bien, mon vieux, nous sommes écoutés ! Soit vous, soit plus vraisemblablement moi.» Le journaliste du Monde lui demande s’il a bien participé à un dîner récemment, comme l’affirme Bettan ? Villepin «s’esclaffe», écrit Jakubyszyn : «D’abord, je fréquente assez peu les dîners en ville, mais je n’étais surtout pas en France depuis notre dernier appel. Et puis, vous savez, compte tenu de ce que vous voulez écrire me concernant, croyez-vous vraiment que j’aurais intérêt à le raconter ?»
Dominique de Villepin est-il écouté ? Contacté par Mediapart, l’intéressé, en déplacement à l’étranger, a fait savoir qu’il est injoignable. Mais, depuis plusieurs semaines, l’ancien premier ministre répète en privé qu’il serait «suivi» et «sur écoute».
Précisons que la teneur de la discussion entre le journaliste du Monde et Dominique De Villepin concernait une demande de l'ex-premier ministre : ne pas lui attribuer l'expression qu'il avait utilisée concernant Xavier Bertrand, lorsque celui-ci, ancien chiraquien, a décidé de passer dans le camp des sarkozystes fin 2006. Villepin avait alors qualifié Xavier Bertrand de "traitre sans couilles". Le journaliste n'a finalement pas accédé à cette requête.
Cette histoire intervient alors que le ton monte entre Villepin et Sarkozy, après les derniers rebondissements de l'affaire Clearstram. Il y a quelques jours, l'adversaire le plus farouche de l'actuel président l'a accusé de "détournement de pouvoir". Un peu plus tôt, alors invité de Serge Moati dans Ripostes, Dominique De Villepin avait évoqué des "pressions politiques" sur l'affaire Clearstream et avait surtout évoqué des "menaces" dont il serait victime depuis la rentrée.
Décidément, l'affaire Clearstream est loin d'avoir livré tous ses secrets !

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